Le droit pour les grands parents de voir leurs petits-enfants
Par Ken le mardi 29 juillet 2008, - Droits des parents et des enfants - Lien permanent
les grands parents sont parfois obligés de saisir le
JAF pour voir leurs petits enfants. Quelques conseils...
A noter que c'est la même procédure pour des tiers à l'enfant qui voudraient obtenir le droit d'avoir des liens avec lui, par exemple les anciens concubins du parent biologique, ou toute personne chère à l'enfant.
LES DROITS DES GRANDS PARENTS DE VOIR
LEURS PETITS ENFANTS
Avant propos: quelques liens utiles:
Le billet
du Juge des enfants JP Rosenczveig: Et les grands parents
?
L'association " Grands parents en danger " http://www.grandsparentsendangerfrance.org/
1/En réalité, la loi actuelle prévoit un droit de l'enfant à avoir des relations avec ses grands parents, et non l'inverse.
Cette nuance fait que pour que les grands parents puissent demander à voir leurs petits-enfants, ils doivent montrer que le droit de leur petit enfant est bafoué car on le coupe de pouvoir les rencontrer, et que cela va contre l'intérêt de l'enfant de voir ses grands parents.
2/
La loi qui fonde l'action et accorde ce
droit:
Il s'agit de la loi nº 2007-293 du 5 mars
2007 art. 8 Journal Officiel du 6 mars 2007, cette loi est reprise dans
l'article 371-4 alinéa 1er du code civil (CLIQUER
ICI)
"L'enfant a le droit d'entretenir des relations personnelles avec ses
ascendants. Seul l'intérêt de l'enfant peut faire obstacle à l'exercice de ce
droit.
Si tel est l'intérêt de l'enfant, le juge aux affaires familiales fixe les
modalités des relations entre l'enfant et un tiers, parent ou
non."
3/ Avant d'engager une action en justice, il est important de tenter d'obtenir un accord amiable:
Dans tous les cas, avant de faire une action en
justice, il est conseillé d'essayer - si possible - d'avoir un accord amiable
avec les parent. Pour arriver à un accord, une médiation familiale peut aider.
Surtout gardez une trace écrite de vos tentatives d'accord (écrivez par lettre
recommandée avec AR aux parents), comme ça le Juge verra que vous avez essayé
de vous entendre avec les parents.
A défaut d'accord, si l'action en justice est nécessaire, c'est le juge aux
affaires familiales du tribunal de grande instance dont dépend le domicile de
l'enfant qui statuera. Les parents de l'enfant n'ont pas à décider seuls
de couper l'enfant de ses grands parents, et ils devront justifier pourquoi ils
s'opposent à ce que les grands parents puissent voir leurs petits enfants.
Parfois ils diront des insanités difficiles à entendre. Il faut vous y
préparer.
4/ La procédure est longue, mais un référé est possible:
les grands parents devront saisir le JAF. La procédure est longue, très longue (facilement 1 an, voire plus).S'il y a urgence à rétablir des relations entre l'enfant et ses grands parents, il est possible de saisir le Président du Tribunal de Grande Instance en référé pour lui demander de rétablir les liens, tout en introduisant aussi en parallèle une action "sur le fond" devant le JAF.
Vous trouverez ci dessous un arrêt de la Cour de cassation ( qui est la plus haute juridiction) qui permet d'utiliser le référé.
5/ Les petits-enfants peuvent demander à être entendus par le Juge:
Les petits enfants, s'ils sont en age de discernement, peuvent demander à être entendus et s'ils le demandent, leur audition sera obligatoire en application des règles posées par l'article 388-1 du Code civil. Lire ce billet sur la question de l'audition des enfants:
Les enfants peuvent et DOIVENT être entendus en justice.
6/ Les critères de décision du JAF:
Pour cette procédure, l'avocat est toujours
OBLIGATOIRE. Si le juge estime qu'il est bien de l'intérêt de l'enfant
d'entretenir des relations avec ses grands-parents, il précisera alors le type
de relations, qui devra être adapté à la vie familiale de l'enfant et ne pas
empiéter de façon excessive sur le droit des parents.Il faut en effet
bien comprendre que les grands parents font une action
totalement différente de celle des parents. Ils vont empiéter sur les droits
des parents, et doivent diriger leur action en justice contre les
deux parents (même si les parents sont séparés).
En général le JAF accordera un droit de visite et d'hébergement plus ou moins
long, sauf s'il trouve un prétexte grave tiré de "l'intérêt de l'enfant"... La
loi parle d'un droit à des relations personnelles. Ce n'est pas forcément un
droit d'hébergement, ça peut être un simple droit de visite... tout dépend donc
de la conception qu'aura le JAF des "relations personnelles".
Parmi les critères importants, il y a par exemple: prise en compte de
l'éloignement géographique, les relations déjà existantes entre les enfants et
leurs grands parents...
Bon courage à tous les grands parents qui vont découvrir les torpitudes du
JAFLand simplement pour avoir le droit de voir et aimer leurs petits
enfants.
7/ La jurisprudence de la Cour de cassation qui établit que la procédure de référé peut être utilisée:
si vous voulez introduire une action en référé car il y urgence (exemple: on ne vous laisse plus voir du tout vos petits enfants et la durée de la procédure aggraverait la situation), voici un arrêt de la Cour de cassation qu'il est très utile de connaitre et de rappeler, car parfois l'action en référé est contestée, mais sur ce point la Cour de cassation (juridiction suprême) est très claire et admet l'action en référé:
Pour lire cet arrêt sur Légifrance: cliquer ICI
Cour de cassation
chambre civile 1Audience publique du 1 février 1983
N° de pourvoi: 81-16815
Publié au bulletin
REJET
Pdt M. Joubrel, président
Rpr M. Massip, conseiller apporteur
Av.Gén. M. Gulphe, avocat général
Av. Demandeur : SCP Calon et Guiguet, avocat(s)
REPUBLIQUE FRANCAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS
Sur le moyen unique :
Attendu, selon les énonciations des juges du fond, qu’un litige est survenu entre M. Albert Y... et les parents de son épouse décédée, M et Mme Marcel X..., quant aux relations de ces derniers avec leurs petits-enfants ;
Que M. et Mme X... ont saisi à la fois le tribunal de grande instance et le président de ce tribunal, statuant en référé, afin de se voir accorder un droit de visite ;
Que le juge des référés s’est déclaré incompétent au motif que l’intérêt des enfants ne pouvait être déterminé qu’à la suite de mesures d’instruction à ordonner dans l’instance au fond et qu’il existait une contestation sérieuse ;
Que la Cour d’appel, estimant au contraire que le juge des référés était compétent pour connaître de la demande, a accordé à M et Mme X..., à titre provisoire, un droit de visite d’un dimanche par mois ;
Attendu que M. Albert Y... fait grief à la Cour d’appel d’avoir ainsi statué alors que, une enquête sociale ayant été ordonnée par le juge saisi du fond du litige afin de rechercher si des motifs graves s’opposaient à l’exercice d’un droit de visite par M et Mme X..., il existait une contestation sérieuse quant à l’exercice de ce droit, de telle sorte qu’en se déclarant compétente, la juridiction des référés aurait violé les dispositions de l’article 808 du nouveau code de procédure civile ;
Mais attendu qu’il résulte de ce texte que le juge des référés peut ordonner, à condition qu’il y ait urgence, non seulement les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, mais aussi celles que justifie l’existence d’un différend ;
Que la Cour d’appel, ayant relevé que M et Mme X... n’avaient vu leurs petits-enfants qu’une seule fois depuis plusieurs années et que la procédure au fond risquait d’être longue, a souverainement estimé qu’il y avait urgence a rétablir sans délai, en attendant la décision du tribunal saisi au fond, des liens affectifs entre les petits-enfants et leurs grands-parents ;
Que, par ce seul motif, le juge des référés a légalement justifié sa compétence ;
Que le moyen n’est donc pas fondé ;
Par ces motifs : rejette le pourvoi forme contre l’arrêt rendu le 23 octobre 1981 par la Cour d’appel de Colmar ;
Publication : Bulletin des arrêts Cour de Cassation Chambre civile 1 N. 46
Décision attaquée : Cour d’appel Colmar (Chambre civile 2) du 23 octobre 1981
Titrages et résumés : REFERES - Urgence - Autorité parentale - Relations avec les grands-parents - Droit de visite - Rétablissement des liens affectifs. Il résulte de l’article 808 du nouveau code de procédure civile que le juge des référés peut ordonner, à condition qu’il y ait urgence, non seulement les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse, mais aussi celles que justifie l’existence d’un différend. Justifie dès lors légalement sa décision la Cour d’appel qui, ayant relevé que des grands-parents n’avaient vu leurs petits-enfants qu’une seule fois depuis plusieurs années et que la procédure risquait d’être longue, a souverainement estimé qu’il y avait urgence à rétablir sans délai, en attendant la décision du tribunal saisi au fond, des liens affectifs entre les petits-enfants et leurs grands-parents, et leur accorde en référé un droit de visite.
* AUTORITE PARENTALE - Relations avec les grands-parents - Droit de visite - Attribution - Référés - Urgence.
Commentaires
J'ai été "appelé en cause " dans la procédure lancée par les parents de mon ex concernant un dvh. L'avocat des GP a proposé de me représenter également.
Le jour de l'audience, le JAF a refusé cet accord arguant d'un possible conflit d'interet entraînant la possibilité de faire appel. Du coup, quitte à s'endetter pour prendre un avocat, peut-on demander l'élargissement du dvh et récuperer l'enfant le vendredi soir au lieu du samedi ainsi que les petites vacances scolaires ?
Ken: procédure JAF pour DVH et procédure JAF pour les GP, ce sont deux procédures différentes, logiquement double honoraire. Cepndant, pour une procédure JAF "classique" pour DVH ou PA, avocat non obligatoire (sauf si vous êtes mariés et que le divorce n'est pas encore prononcé). Mais après tout, si vous n'êtes pas représenté à l'audience concernant le DVH des GP, le JAF ne pourra que constater que vous n'avez pas d'avocat, mais rien ne lui interdit de vous entendre quand même et la procédure pourra suivre son cours même si vous ne constituez pas avocat. L'avocat des GP qui comptait vous représenter aussi, pourrait très bien formuler ses demandes sans viser à prendre le DVH des GP sur vos propres DVH, ce qui fait que vous n'auriez pas grand risque à ne pas être représenté. Cette situation se produit parfois dans des divorces où l'avocat est obligatoire, et où malgré tout un des deux "futurs-ex conjoints" n'a pas pris d'avocat: les JAFs peuvent cependant écouter le conjoint non représenté.
faut-il expliquer au juge par courrier avant l'audience pourquoi je ne prends pas d'avocat ( raisons financières bien sur ) ou dois-je plutôt le faire à l'audience ?
Ken: faites les deux, courrier ET dans ce courrier demandez au JAF "qu'il veuille bien accepter malgré tout de vous convoquer à l'audience, dans l'intérêt de l'enfant" comme ça vous aurez réussi à dire au JAF ce que vous vouliez lui dire. L'avocat adverse risque de contester cette façon de procéder, et s'y opposer, mais le JAF aura quoi qu'il en soit lu, et s'il vous convoque même sans avocat, il "entendra" vos arguments...
Bonsoir Ken.
Tout d'abord le résultat du procès : 1/2 victoire pour les grand-parents, qui n'obtiennent que 2 mercredis AM par mois. Pas de vacances mais bon, avec nos amis...
Pour moi, impeccable : j'ai grâce à toi évité des dépenses et effectivement, la juge, après m'avoir dit en substance "vous n'êtes pas la", m'a quand-même posé des questions et j'ai même évité à mon fils de voir ses GP en lieu neutre. Par contre, comme tu m'avais prévenu, l'avocate adverse est devenue...pour être poli de trés mauvaise humeur, ce à quoi la juge a dit " Il n'a pas le droit de parler, mais j'ai le droit de l'entendre"...Par contre, j'ai l'impression que mon DVH n'avait jamais été menacé, et personne à l'audience ne l'a remis en cause.
Alors encore merci pour tes conseils et surtout pour ta présence
Ken: je suis content pour toi. Merci d'avoir donné des nouvelles.