Cette blessure vient de leur relation manquée avec le père. Et également de cette société toujours sexiste, encore patriarcale, qui fonctionne elle-même exactement comme un père toujours insatisfait, dévaluant constamment sa fille à travers les femmes.

Si la femme est encore trop souvent considérée comme inférieure à l'homme, de son côté un homme doux et sensible se trouvera également catalogué comme une mauviette. Ou méconnaissance et insulte stupide pour les hommes homosexuels, comme un homosexuel.


Au niveau psychologique, ce souci des hommes à claironner qu'ils ne veulent pas se laisser dominer par la femme s'explique plus ou moins par le fait que la mère les a bien " gavés " dans tous les sens du terme, et que l'identité masculine possède de surcroît ce quelque chose qui doit toujours être prêt à fonctionner, à prouver que c'est ça un homme ! Une façon donc, de se prouver qu'il existe et ce constant besoin d'être avec d'autres hommes pour s'entendre dire qu'il en est bien un, et que le danger c'est bien " l'engouffrement " du féminin.
Loin de l'homme qui a eu une mère autoritaire ou trop tendre lui faisant croire à tort ou à raison, d'une façon réelle ou fantasmatique, qu'elle en voulait à son pénis, la femme elle, vient d'une mère du même sexe et ne subit pas de la même façon cette bataille pour la survie identitaire.
La découverte de son corps à elle, de sa sensualité, est plus simplement abordée. Son corps est déjà réceptacle, donc prêt à recevoir, il est ainsi tacitement convenu qu'elle a le droit d'éprouver, de ressentir. Et de le dire !

Les rôles parentaux touchant au père et à la mère varient suivant le vécu de chacun, ils sont imprégnés de leur propre histoire. On ne devient pas parent d'un seul coup par la grâce d'un enfant. On est le parent père ou mère en herbe qui va devenir grand. D'enfant que l'on était, porteur de ce que l'on a vécu dans notre enfance, des rôles parentaux que nous aurons au préalable subis, testés , admis, engrangés ou rejetés.
Le rôle de la mère est un rôle de protection et de passation.
Le rôle du père est un rôle de mise au monde de l'enfant par la socialisation.
Dans les débuts de sa vie le bébé vit en symbiose avec sa mère, elle le protège par des soins, elle répond à ses désirs, devient son premier univers, un ancrage fondamental. D'elle va dépendre les toutes premières sensations du nourrisson.
La symbiose avec la mère est un état nécessaire pour compléter son équilibre psychologique, l'aider dans sa maturation neuro-motrice et l'amener à son rythme dans la prise de conscience de l'existence et du rôle du père.
Par sa présence et sa parole le père sépare l'enfant de sa mère et lui signifie qu'il doit maintenant venir au monde une seconde fois.
* la première étant quand à sa naissance on a coupé le cordon ombilical le rattachant à sa mère.
* la seconde à sa naissance dans le monde social quand son père vient le séparer de la symbiose mère-enfant.

Le psychanalyste Lacan voit, avec la conscience fondatrice de l'Oedipe, deux autres éléments permettant à l'enfant de prendre conscience de l'existence du père :
- l'Oedipe
- Le nom du père
- Le refoulement originaire

Le nom du père.
Si la mère nomme, reconnait, fait place au père physiquement près de l'enfant, si elle accepte qu'il s'occupe de lui, devienne en quelque sorte à son tour et à sa façon " porteur " de l'enfant, ce père fait entendre son nom à l'enfant, lui donne son nom patronyme, le nomme " fis de.. " et le porte à la réalité, lui donne accès à la prise de parole, au langage et à la socialisation.
Et en même temps que l'enfant se rend compte qu'il est fils de son père et qu'il reçoit son nom, il intègre en lui l'interdit de l'inceste. Il doit se séparer de la symbiose qui l'unissait à sa mère, elle ne lui appartient pas.

Le refoulement originaire
L'enfant renonce à la relation fantasmatique incestueuse d'avec la mère. Le désir s'en est allé dans le refoulé. Le père marque ainsi l'enfant d'un manque : le manque à être l'objet de l'autre. Ce manque à être fondamental qui sera la castration symbolique ( rupture du lien-mère-enfant ) est nécessaire pour sa venue au monde dans la société.
L'enfant peut alors accepter de s'identifier à celui qui a la loi symbolique ( le phallus ) : le père.

Si l'une de ces 3 étapes : complexe d'Oedipe, le nom du père et le refoulement originaire, ne sont pas effectuées il y aura " forclusion du nom du père."
L'enfant reste en symbiose. N'étant pas nommé par la présence du père il ne se nomme pas lui-même, il reste enfermé dans l'indifférenciation et peut aller jusqu'à la psychose.
Le symbolique et l'inconscient lui sont hermétiquement fermés.
Le langage lui est étrange, et il est étranger pour lui-même

Et pour conclure, cette petite réflexion tirée du livre de Françoise Dolto dans son livre : L'évangile au risque de la psychanalyse.
Quand le Christ dit à ses parents qui très alarmés et inquiets l'avaient cherché dans toute la ville pour le retrouver enfin en train de prêcher, Jésus répond :
- Ne saviez-vous pas que je devais être aux affaires de mon Père ?
La présence d'un enfant au foyer permet de faire croire aux parents que cet enfant est à eux, qu'il leur appartient. Mais Jésus " castre " ses parents de leur possessivité. Il montre là le développement exemplaire d'un enfant dans une famille. Il a atteint sa puberté, 12/13 ans et entre dans sa vie adulte. Il n'est plus l'enfant de Marie et de Joseph, il a été simplement le fils d'un homme et d'une femme.
Il dit à Marie, sa mère : - Je ne t'appartiens pas, j'ai été ton enfant mais maintenant j'ai ma propre voie à suivre, ma vie, ma propre vocation.
Il dit à Joseph, son père : - Je me sépare de ma mère, de cette femme qui m'a porté et mis au monde. A travers toi qui m'a donné les armes humaines pour m'édifier et me construire, j'assume le désir auquel ma filiation m'appelle. Je lâche vos deux mains pour orienter moi-même ma propre vie et répondre à mes propres aspirations, à mon propre devenir sur cette terre.

L'homme nait de son père, il nait de sa mère, pour naitre enfin de son Soi profond, de sa propre individualité.